Semi-conducteurs : l'Asie capte l'essentiel des investissements
morcé en 2001, après l'explosion de la bulle Internet, le concept de "go East", c'est-à-dire d'aller produire en Asie, reste plus que jamais d'actualité dans l'industrie des semi-conducteurs. Des études récentes en témoignent et confirment que l'Europe est l'une des principales victimes de ce mouvement.
Les compagnies installées dans la zone Asie-Pacifique devraient ainsi représenter 84 % des investissements consentis cette année par l'ensemble des fabricants de semi-conducteurs, ajoute SMA, qui chiffre le total de ces dépenses à 54 milliards de dollars (+ 15 % par rapport à 2005).
Les chiffres avancés par SEMI (Semiconductor Equipment and Materials International) confirment cette tendance. Cette organisation, qui réunit les fournisseurs de l'industrie des semi-conducteurs, chiffre les dépenses en équipements de fabrication et matériaux à 73,33 milliards de dollars cette année, contre 64,35 milliards en 2005.
Le Japon, Taïwan, la Corée du Sud et la Chine compteraient pour près des deux tiers (63,7 %, contre 63,5 % en 2005) dans ces investissements, dont le niveau sera proche du "pic historique" de l'année 2000 (75 milliards de dollars).
DÉCLIN PRODUCTIF DE L'EUROPE
Le Sud-Est asiatique attire les fabricants de "puces" parce que les coûts y sont moindres, mais aussi parce que cette zone géographique héberge plus de 40 % de la consommation mondiale de semi-conducteurs. C'est la Chine qui enregistrera la plus forte progression des investissements cette année (+ 48,4 %, à 4,29 milliards de dollars), devant Taïwan (+ 18,2 %, à 14,03 milliards de dollars), selon SEMI.Le niveau des dépenses devrait aussi être soutenu en Amérique du Nord : + 14,6 %, à 11,74 milliards de dollars, signe que les fabricants américains continuent d'investir sur leur territoire. L'Europe, elle, devrait capter 6,76 milliards de dollars d'investissements, contre 6,15 milliards en 2005. Soit une progression moindre que la moyenne mondiale.
Les projections faites par SEMI à l'horizon 2008 laissent de fait augurer une perte continue du poids du Vieux Continent : à cette date, il capterait 9 % des investissements mondiaux, contre 17 % cette année.
Ces dernières semaines, les trois principaux acteurs européens, le franco-italien STMicroelectronics, le néerlandais NXP et l'allemand Infineon ont tour à tour annoncé leur volonté de réduire leurs investissements.
Ils vont accroître les volumes de production sous-traités aux "fondeurs", ces sociétés spécialisées dans la fabrication pour des tiers, installées à Taïwan (comme TSMC) ou en Chine (comme SMIC).
Chez STMicroelectronics, l'Asie représente déjà aujourd'hui 46 % de la production en volume, contre 44 % pour l'Europe, selon les syndicats.
Un rapport de l'Association européenne de l'industrie des semi-conducteurs, remis à la Commission européenne, pointait déjà, il y a un an, le fait que l'Europe ne représente plus que 12 % de la production mondiale (en volume), alors qu'elle pèse 18 % de la consommation mondiale.
Face à ce déclin productif, les acteurs du secteur font valoir que l'Europe conserve une "influence"
en matière de conception des "puces", de par la présence de "gros" consommateurs dans les télécommunications ou l'automobile, par exemple. STMicroelectronics estime qu'en 2011 les composants conçus sur le Vieux Continent compteront pour 25 % des ventes mondiales, évaluées à 350 milliards de dollars.
Journal Le Monde